THEODORE NOEL

25 décembre 1853
Saint-Maixant (23)

19 mai 1937
Saint-Yrieix-la-Montagne (23)

Vingt-cinq décembre 1853 …

Quelque part dans le hameau de Montmary près de Saint-Maixant, Louise-Cécile, sans domicile fixe, vient de donner naissance à un petit garçon.
Ou précisément ? Dehors ? A l'abris d'un porche ? Chez une âme bienveillante ?
Nul ne le sait et ne le saura sans doute jamais.
Qui est cette Louise-Cécile ? Quel âge a-t-elle ? D'ou vient elle ?
Mes connaissances sur mon arrière, arrière, arrière grand-mère s'arrêtent à un prénom...

Le vingt-six au matin, c'est le cantonnier du village qui ira déclarer la naissance du nouveau-né à la mairie, lui donnant deux prénoms : Théodore et Noël... pas de patronyme mais un clin d'œil certainement au jour de sa naissance qui lui restera plus tard comme nom de famille. Le lendemain le petit Théodore est déposé devant l'hospice d'Aubusson avec ce petit mot accroché à ses vêtements :
" l'enfant est né le 25 décembre à Saint-Maixant ".
Théodore est immédiatement pris en charge par le personnel de l'hospice, coutumier du fait à l'époque.
Après quelques temps il sera placé dans des familles d'accueil à Saint-Yrieix-la-Montagne où il sera successivement berger puis maçon mais surtout deviendra un musicien de renom !
Au service militaire il apprendra à lire et à écrire et de son mariage avec Anne Angélique Sanitas naîtront trois enfants : Annette, mon arrière-grand-mère, Jean et Marie.
Il s'éteint le 19 mai 1937 dans sa maison de Saint-Yrieix, laissant derrière lui un patrimoine musical folklorique des plus riches !

Marion Le Bloa
Janvier 2006

Voici l'article de journal
qui parut quelques jours après son décès :

Le Memorial de la Creuse

Samedi 12 juin 1937.

Dans le folklore de la Haute-Creuse.
Noël Théodore et quelques musiciens d'autrefois.

Tout récemment on a inhumé à Saint-Yrieix-la-Montagne, Noël Théodore, un des meilleurs musiciens de la région. Il y eut foule le jour de ses obsèques et ce fut justice : Noël Théodore a tenu dans le pays un rôle de premier ordre. Sans sortir du domaine du folklore, c'est le moment de parler de ce rôle et de celui de quelques uns de ses collègues que j'ai connus ou dont j'ai entendu parler.
Dans notre contrée de rudes travailleurs et de vie pénible, les fêtes d'autrefois étaient des dates importantes et les bals étaient par excellence les meilleurs moyens de divertissement. Au reste, cela n'a guère changé. Il suffit d'ouvrir le Mémorial à certaines dates pour constater que la danse est encore en honneur dans les campagnes de la Haute-Creuse.
Jadis, elle l'était peut-être davantage car les bals ont disparu dans bien des villages où ils étaient particulièrement en faveur.
Les musiciens étaient surtout des joueurs de musette (chabrette) et de vielle. Le plus ancien dont j'ai entendu parler était mon oncle Léonard Pellangeon, mort très jeune malheureusement. Il montrait, paraît-il, des dispositions particulièrement brillantes. Sa musette excellait à entraîner les maçons allant à la "campagne" ou en revenant.
Marveil, de la Brousse, commune de Saint-Pierre-le-Bost, était très apprécié dans la région de Monteil et de Chataing.

Gapari, de la même région, était également un bon maître sonneur. Je l'ai vu un jour à Chataing, à la Chandeleur, faisant le tour de la grange où devait se tenir le bal, jouant, en attendant les danseurs, des airs vieux et simples, bien locaux, se grisant de sa musique et réunissant à l'issue de la messe une foule de danseurs et de danseuses.
Gapari était la docilité même. Quand il avait joué longtemps le même air, il suffisait qu'un auditeur dise "Gapari vira zou" pour que tout de suite, le changement demandé soit opéré. Le vieux Rouby, de Magne, le père Tirolireli comme on l'appelait, montrait une application remarquable quand il jouait, vers le mardi-gras, pour qu'on ait de beaux raves ou de beaux chanvres.
Vers 1880, il y avait à Royère de bons musiciens parmi lesquels on remarquait deux joueurs de musette, Andrieux de Vauveix et Gaudy, du Picq, mais surtout Henri Géry, dit Patoly, qui faisait parler admirablement son violon. Géry avait une précision, un sens du rythme et de la mesure qu'il n'est pas possible de dépasser.
Au Monteil-au-Vicomte, les deux musiciens les plus renommés étaient Georges et Vergnaud. Georges avait une musette et Vergnaud une vielle.
On s'écrasait aux bals qu'ils tenaient les jours de noces, de ballades ou de foires. Quand ils vinrent à Saint-Yrieix jouer à un mariage qui se célébrait à Bessat, les petits écoliers de la commune, friands de bonne musique, allèrent au-devant du cortège presque jusqu'au bois de Vernon pour bien entendre les musiciens renommés. Il y avait alors à Saint-Yrieix même et dans la commune de bons joueurs de musette. Pour aujourd'hui nous ne parlerons que des disparus.
Jacques Chatoux, marquant la mesure avec ses pieds comme la plupart de ses collègues, jouait avec une justesse parfaite et faisait très bien danser. Il excellait dans les vieilles danses carrées, auvergnates dont quelques unes ont été conservées.
Pierre Boyer, un peu moins précis peut-être, savait cependant bien conduire un bal et divertir la jeunesse. Paradoux était un "musettaire" remarquablement doué.
Sa famille était originaire de la Vaux-Soubranne ; après son mariage avec Marie Marin, de Magne, il habita notre commune et se fixa même quelques temps au Maisonniaux. C'est là que je l'ai entendu et que j'ai pu noter plusieurs de ses airs, en particulier une très belle polka et une valse splendide.
Paradoux mourut accidentellement à Vallière en revenant de "jouer une noce" à Lavaleix.
Le joueur de musette le mieux doué et le plus habile de notre région fut évidemment Noël Théodore connu familièrement et amicalement de tout le monde sous le nom de "Tiédor".



Il a tout le temps habité la commune de Saint-Yrieix. Il fut élevé à la Valette chez les dames Rioblanc.
Il alla ensuite au Maisonniaux, chez Janicot, maréchal-ferrant, dont il garda quelques temps le bétail.

Il manifesta, dès l'âge le plus tendre, une passion irrésistible pour la musette ou chabrette. N'étant pas assez riche pour avoir une belle outre recouverte de velours rouge, il en fabriqua une lui-même avec le concours d'Auguste Janicot qui devait un peu plus tard, s'établir maréchal à Saint-Yrieix et entendre tant de fois par la suite celui donc il avait favorisé la vocation et les débuts.
Les premiers airs inventés par Tiédor étaient des appels aux voisins pour leur faire rassembler leurs brebis que lui-même gardait en un troupeau commun.
Du Cloux-Vallereix, on entendait chaque jour Tiédor pousser son troupeau sous le bois de Turenne (bois du Maisonniaux), en haut de la Côte l'Abeille. C'est en s'exerçant ainsi constamment matin et soir qu'il acquit avec une musette rudimentaire l'art complet du joueur de chabrette.
Après son mariage avec Angèle Guillebaud ma cousine, Noël Théodore se fixa à Saint-Yrieix où Mme Annette Legrand-Lenoir lui fit aménager une salle de bal qui existe encore. C'est là que, pendant un demi-siècle, il devait diriger avec maestria les divertissements chorégraphiques de toute la jeunesse du pays.
Extrêmement modeste de sa nature, Tiédor n'en était pas moins remarquablement doué au point de vue musical. Il sut toujours tout mettre a profit : les airs d'autrefois dans le pays, les chansons apportées de Paris ou d'ailleurs par les émigrants, les bribes de toutes sortes entendues dans les champs, dans les réunions ou dans les fêtes. Il a transposé, animé, amélioré, complété, harmonisé tout cela, peut-être quelquefois à son insu, et tout naturellement sans se départir de sa modestie.
En tous cas, il a donné des marches entraînantes ou des airs capables de stimuler les danseurs les plus indolents.
Les joueurs de musette, contemporains de Tiédor avaient de grandes qualités certainement ; ils conduisaient très bien les bals mais les airs qu'ils jouaient étaient moins abondants, moins variés, moins souples que ceux de Tiédor. Avec Tiédor, une danse était non seulement un exercice de sport mais encore l'expression d'un sentiment. Et la richesse de ses ressources musicales était si grande qu'une même danse pouvait être jouée sur des rythmes totalement différents.
Avec Tiédor, une mazurka, par exemple, pouvait avoir une allure douce et langoureuse ou précipitée à plaisir. Cela dépendait du nombre et de l'âge des danseurs, du milieu, de la fête ou de la réunion. Je l'ai entendu à Royère produire une mazurka parfaite avec quatre motifs différents bien composés et bien liés. A saint-Marc-à-Loubaud, j'ai entendu de lui une mazurka fine, cadencée, presque lente. Vers la fin d'un bal, au Cloux-Vallereix, pour réveiller tout le monde, il se payait la fantaisie de servir une mazurka précipitée et bouffonne, qui était presque une course échevelée.

Tiédor n'est plus, comme ne sont plus la plupart de ses collègues contemporains.
Malgré les circonstances douloureuses où je me trouve, il convenait de remplir un devoir de folkloriste.
Nos vieux musiciens qui, pendant plus d'un demi-siècle, ont semé la joie autour d'eux, ne disparaîtront pas tout entiers.
Un assez grand nombre de leurs airs parmi les plus caractéristiques (environ cent cinquante) ont été recueillis et notés. Ils font partie de notre patrimoine historique creusois.
Nous devions bien cela à ces bons ouvriers de notre région qui surent animer les fêtes locales ou familiales de jadis et qui apportèrent aux générations d'autrefois beaucoup de gaîté, beaucoup de vie et d'entrain et - pourquoi ne pas le dire aussi - un peu de consolation.

H. GERMOUTY

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