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La Cabrette est essentiellement un instrument de soliste. Son jeu est l'un des plus compliqués, et des plus captivants, qui soit en France. Plusieurs générations de musiciens ont développé sur cette cornemuse une technique et un style très particulier difficilement transposables à un autre genre de cornemuse. La
Cabrette est fabriquée et jouée en Auvergne et dans la colonie auvergnate
de Paris. Au début du siècle les Auvergnats sont plusieurs centaines de
milliers à se regrouper dans divers quartiers de Paris. C'est là que naquirent
les bals-musettes. |
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| Le style musette est né d'un paradoxe : de nos jours, il évoque avant tout l'accordéon, alors qu'il doit son nom à l'instrument : la musette. L'expression bal-musette, elle, apparaît vers 1850 et désignait l'endroit où se produisaient les joueurs de cet instrument. Dès le 19ème siècle, des cafés parisiens sont animés par des Cabrettaïres auvergnats venus implanter dans la capitale des brasseries et des cafés-bois-charbons. Le style musette est issu de la rencontre de ces immigrés auvergnats avec les immigrés italiens, qui s'installent dans les mêmes quartiers (11ème, 12ème,19ème et 20ème arrondissements) Les affinités des Auvergnats et des limousins avec les transalpins semblent trouver leur source dans une proximité linguistique, leur langue régionale étant mutuellement compréhensible. Les Italiens commencent à collaborer avec les joueurs de musette dès 1880. Jouant tout d'abord de l'accordéon diatonique, la découverte de l'Italien Paolo Soprani avec son accordéon chromatique, renverse les données. En 1900, il obtient un grand triomphe à l’exposition de Paris, le pionnier Paolo Soprani devient membre de l’Académie des inventeurs de Bruxelles et de Paris et Loubet, Le président de la République Française, le reçoit à l'Elysée. Désormais, beaucoup d'auvergnats se mettent aussi à jouer de l'accordéon, mais dans sa forme diatonique. D'ores et déjà, le musette comprend deux courants : celui dans lequel collaborent la Cabrette et l'accordéon, puis celui qui voit l'accordéon s'imposer. Il ne s'agit pas d'une éviction pure et simple : les Italiens s'imprègnent ainsi de la Cabrette et apportent une touche auvergnate à leur répertoire. |
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Enfin, le dernier personnage indissociable du musette est sans conteste Jo Privat, qui s'inscrit dans son héritage par son ascendance auvergnate du côté de son père et piémontaise du côté de sa mère. Jo Privat fit ses premières armes à neuf ans sur un petit accordéon. Par la suite, sa grand-mère, qui avait gagné à la loterie nationale, lui offrit un bel instrument. Il débuta comme garçon maçon avec son père, mais constata vite qu'il gagnait mieux sa vie en jouant dans les cours et les restaurants. Sa tante tenait une 'maison de tolérance', dont un client assidu était Emile Vacher : Jo fut présenté au précurseur du bal musette, qui l'embaucha aussitôt. Plus tard, il devint à son tour animateur de ces bals : "On jouait vingt-cinq danses à l'heure, il fallait pétroler !" Né dans "un quartier de voyous" (Ménilmontant), il aimait se produire dans l'ambiance chaude des bals musette de Nogent-sur-Marne et de la rue de Lappe qui battait les records en nombre de bistrots et de bals. C'est de son lien étroit avec le Balajo, créé en 1935, qu'on le croit souvent à l'origine du nom de ce bal-musette de la rue de Lappe. Le musette évolue au fil des alliances entre musiciens. C'est ainsi que Django Reinhardt s'allie à des accordéonistes : Jo Privat, Tony Murena, Gus Viseur. Leur rencontre va donner naissance au swing musette à la fin des années trente. |
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![]() Léon Chanal |
La création d'un bal-musette au 13, rue Au Maire remonte à 1896. Cette maison est beaucoup plus ancienne. Selon de Rochegude, son origine est un cabaret fondé en 1725 à l'enseigne du Roi de Sardaigne. Elle a eu son heure de célébrité au cours des journées insurrectionnelles de février 1848, lorsque les habitants du quartier ont dressé une barricade dans la rue Au Maire, juste à sa hauteur. Dans les années 1870-1880 l'établissement est un
débit de vins tenu par un nommé Camille Horel. Il sert aussi de lieu de
réunions politiques et corporatives. En 1891, Horel le cède à un Cabrettaïre,
Léon Chanal,
originaire de Mels, canton de Ste Geneviève (Aveyron) C'est ce commerce
qui est choisi comme premier siège social d'une union corporative, "La
Cabrette", que créent en 1895 les musiciens auvergnats de Paris.
Eugène Guitard en est le président. "La Cabrette" organisera
de nombreuses réunions de ses membres à la Salle Chanal et défendra leurs
intérêts contre certains patrons de bals-musette qui commencent à recruter
des accordéonistes d'origine italienne. Le journal l'Auvergnat de Paris
se fera amplement l'écho de la querelle opposant les tenanciers et les
Cabrettaïres, et prendra parti pour ces derniers. Dès l'origine, Chanal
est nommé secrétaire-adjoint de "La Cabrette", mais il démissionne
en 1896. Il considère sans doute que cette fonction est incompatible avec
son intention de devenir lui-même patron de bal. |
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En 1896, Léon Chanal obtient la permission d'ouvrir un bal-musette dans son établissement. Il s'attache le concours d'un "pays", Laurens, un Cabrettaïre très apprécié à l'époque. Le bal est inauguré le 31 décembre 1896. Au début, il ne fonctionne que les dimanches et jours de fêtes, en soirée. Puis, le succès est tel que, dès le 1er février 1897, la clientèle, essentiellement auvergnate, peut danser également tous les jeudis et samedis soirs. La salle de bal continue d'être utilisée régulièrement comme lieu de réunions. Grand rassembleur des originaires du Massif Central, Chanal accueille de nombreux groupements corporatifs : le syndicat des brocanteurs et chineurs, les compagnons boulangers, et d'autres plus insolites : l'association des gardiens de cimetières, les allumeurs de réverbères, les colombophiles, etc ... Chanal n'a pas coupé les ponts avec "La Cabrette". Au contraire, il participe activement aux banquets annuels de l'association et ne manque pas une occasion de se montrer en compagnie de ses confrères et amis musiciens. C'est ainsi qu'en février 1901, a lieu chez Chanal une audition de musette organisée par Gabriel Ranvier, considéré par la colonie auvergnate comme le roi des Cabrettaïres, avec la participation de nombreux musiciens. Le mois suivant, Chanal accepte de prendre le poste de vice-président de "La Cabrette" en remplacement de Ranvier. Il est vrai que les rapports entre patrons de bals et musiciens sont beaucoup moins tendus. Progressivement on voit d'ailleurs les propriétaires de bals venir aux banquets de "La Cabrette", prouvant ainsi leur désir de conciliation. En novembre 1903, Chanal ajoute à son commerce un hôtel confortable et, le même mois, le bal est autorisé à ouvrir uniquement en matinée, les dimanches et jours de fête. En 1908, il cède l'ensemble à un jeune couple, Jean Gailhac et son épouse née Vaissade, originaires de St-Urcize (Cantal), précédemment établis à Ménilmontant, impasse du Progrès (actuelle rue du Groupe Manouchian) Dès lors, Jean Gailhac, ses proches et leurs descendants, organisés en société, présideront à la destinée de ce bal pendant près de 70 ans, avec un succès qui ne se démentira pas. En mars 1919, c'est au cours d'une réunion chez Gailhac, que les patrons de bals-musette seront informés de l'accord du Ministère de l'Intérieur pour la réouverture des bals fermés depuis 1914. Au
début des années 20, le bal est toujours fréquenté par des originaires
du Massif Central. L'affluence est telle qu'il faut deux personnes pour
ramasser la monnaie à chaque danse. En effet, à cette époque, les musiciens
étaient payer à la danse. |
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Peu à peu, comme dans la plupart des bals auvergnats, la musique traditionnelle laisse la place à d'autres rythmes. Cédant à l'engouement général pour les danses à la mode, les Gailhac vont attirer une clientèle populaire typiquement parisienne. Les originaires du Massif Central déserteront les lieux, emportant avec eux leurs danses régionales. La valse, appréciée de tous, subsistera. S'y ajouteront la java, le tango, le paso-doble, le fox-trot, et plus tard la rumba, adaptés à leur propre style par les danseurs des bals populaires parisiens. Le changement est complet : un autre genre de musique, une autre manière de danser. Désormais, sur la piste paraffinée, noyés sous les paillettes multicolores déversées par la boule prismatique, ce sont les virtuoses du musette "parisien" qui vont s'illustrer : valse à l'envers, toupie, tango joue contre joue et rumbas serrées, très serrées. Pour marquer cette évolution, les propriétaires baptisent leur bal "Le Tango". Ils n'échappent pas aux inconvénients de la diversification de la clientèle. Les querelles sont fréquentes. Mais, les différents entre danseurs, les manquements à l'éthique, se règlent généralement à l'extérieur. De nombreux accordéonistes se sont produits au Tango au cours de cette grande époque du musette : Robert Garnero, André Bastien Tiramani, Paul Chalier, Augusto Baldi, Marcel Fréber, Tony Meler, Tony Jacques etc... Il faut dire que Louis Bonnet est un homme à la force de travail sans commune mesure : outre la rédaction, il arpente Paris, à pied d'abord, puis en fiacre, collectant des abonnements et participant activement à toute la vie de la communauté auvergnate.
Louis Bonnet est né à Aurillac en 1856 d'un père journaliste-imprimeur.
C'est le 14 juillet 1882, à l'âge de vingt-six ans, qu'il publia le premier
numéro de l'hebdomadaire "L'Auvergnat de Paris, journal des émigrants
du Centre" encouragé seulement par quelques amis dont Jules Vallès. Ce
journal fut le point d'encrage et en même temps la caisse de raisonance
de tout le "mouvement auvergnat". Il rendait compte de leurs activités
et leur donnait des nouvelles du "pays" grâce à son réseau de correspondants
qui s'étendit progressivement à toutes les communes des sept départements
du Massif Central. A l'automne 1886, il cré "La Ligue Auvergnate". Elle
se proposait de grouper tous les enfants du pays, quelles que soient leurs
opinions ou leurs tendances, et s'interdisait donc toute discussion politique
ou religieuse. C'est l'ensemble des Auvergnats de Paris qu'il voulait
regrouper, afin de défendre les interêts de la colonie dans tous les domaines.
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Les dates
importantes
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Création
par Louis Bonnet du journal hebdomadaire "L'Auvergnat de Paris". |
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Les bals-musette sont fermés les uns après les autres par la police. Pourtant ils sont très honorables mais ce n'est pas le cas des bals crapuleux aux orchestres tapageurs où se trament des complots contre la vie des passants. Création
par Louis Bonnet de "L'Association Auvergnate qui deviendra très
vite la "Ligue Auvergnate", consacrant les qualités d'organisation
des originaires dans la capitale : le mouvement Auvergnat est en pleine
expansion. |
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Louis Bonnet a une entrevue avec le préfet de police au sujet des bals-musettes qui sont accusés d'avoir perdu tout caractère Auvergnat maintenant qu'ils font appel à des orchestres. Il obtient que ceux qui s'engageront à faire appel à des joueurs de musette seront de nouveau autorisés. Premier grand concours officiel de musettes de Vic-sur-Cère.
Ils étaient dix participants. Bouscatel ne participait pas. Premier
prix, 15Fr et une médaille d'argent à Marcelin
Gerbal de Maurs (cantal) Ce concours s'est terminé par l'air
de la Marseillaise, joué en cur par tous les Cabrettaïres
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Marcelin Gerbal de Maurs (cantal) remporte le premier prix au concours
de musettes de Vic-sur-Cère. |
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Félix Péguri, artisan italien, fabricant d'accordéons diatoniques s'installe à Paris. Charles, son fils aîné, scellera sa destinée à celle de Bouscatel et à l'univers de la rue de Lappe. Gerbal de Maurs (cantal) remporte le premier prix au concours de musettes de Vic-sur-Cère à l'âge de vingt-huit ans. Antoine Bouscatel obtient le deuxième prix il est alors âgé de vingt-trois ans. C'est cette année là qu'il va monter à Paris et rencontrer Gabriel Ranvier roi des Cabrettaïres qui sera son maître. C'est la grande époque des fabricants de musettes
à Paris. A la suite des pionniers Amadieu et Pezet, les luthiers
en exercice sont Costeroste,
Alias, Franc,
Breuilh, Marcelin, Combabessou puis Dufayet et Gasparoux. L'instrument
le plus ancien conservé (1873) est une Cabrette à soufflet. << Tarrible à la vielle, Alias à
la Cabrette |
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Les bals-musette prospèrent . Dechaux fait
danser depuis vingt ans au bal familial de Lacapelle, les Auvergnats du
Faubourg Saint-Antoine. Il vient d'être distingué pour représenter
les "Parisiens" au concours de musette d'Aurillac en compagnie
de Soulié,
du Liamontou (commune de Cantoin), et de Ranvier
de Saint-Urcize. Il y a plus de soixante concurrents ! Le concours est
remporté par Soulié devant Marcelin
Gerbal. |
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Le concours de musettes de Vic-sur-Cère est
remporté par deux Auvergnats de Paris : Amberny,
de Mur de Barrez et Puech,
de Nasbinals. |
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Concours de musette à Salers : premier Amberny.
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Le 24 juillet création de " La Cabrette
", union fraternelle des Cabrettaïres de Paris. Parmi les fondateurs
: Soulié,
Ranvier,
Dechaux, Pelaprat, Alias,
Boyer, Bouscatel,
Lachens, Sancony,
Chanal, Rastoul,
Guitard, Combabessou, Plancaulainne, Montmège, Delpère. En septembre, le bureau de "La Cabrette" est constitué : Eugène Guitard en est le président. Louis Bonnet met en garde les Cabrettaïres contre l'arrivée des instruments allemands ou italiens dans les bals-musettes de Paris. << Joseph Soulié En octobre, les propriétaires des bals-musettes se réunissent pour constituer un syndicat pour faire face aux exigences des Cabrettaïres qui avaient pris les devant en créant leur "Union Fraternelle" : "La Cabrette". Le
nombre de bals-musettes dispersés dans Paris est à cette
époque d'environ deux cents. |
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"La
Cabrette" s'est réunie. Ils ont compris le danger de l'accordéon,
et celui constitué par les manuvres des italiens payés
à vil prix au lieu des artistes auvergnats. Eugène Guitard
éclate contre les patrons de bal-musette qui exploitent les Cabrettaïres
et veulent les remplacer par des accordéons. |
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Rencontre
paritaire entre les patrons de bals-musettes et les Cabrettaïres conduit
par les deux présidents Théron et Louis Bonnet. Les Cabrettaïres
ont deux revendications : percevoir à la danse et être les
seuls à jouer. "Sinon, cessez de vous appeler bal-musette !" |
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Banquet annuel des propriétaires de bals-musettes à Paris, restaurant Vianey, animé par le Cabrettaïre Gabriel Ranvier. Publicité dans l'Auvergnat de Paris : "Fabrication de musettes Alias, 143, rue de Vaugirard Paris 15ème. Spécialité petits jeux, sac sans couture nouveau système. Réparations, pièces détaillées, anches. Prix modéré". Grève des Chabretaires de Glandon, petit village
limousin : ils réclament une augmentation du prix de la danse.
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Les
Auvergnats sont si nombreux dans le 11e arrondissement qu'ils font, à
eux seuls, la majorité aux élections législatives. |
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Les bals-musette ont toujours le vent en poupe, il
s'en ouvre fréquemment. Alias,
le fabricant de musette s'est établi 15, passage Thierré
Paris 11ème. |
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Joseph Costeroste, fabricant de musette, s'établit au 46 bis, rue de Suffren. (A gauche sur la photo, en compagnie de Lemouzy) << Joseph Costeroste et Lemouzy Louis Bonnet créé les trains qui portent son nom. Les trains de 'l'Auvergnat de Paris" permettent d'économiser 20 à 25 F (sur 50-60). Le premier part pour Neussargues via Aurillac vers le 20 juin. Départ vingt deux heures. Comme il n'y a que des arrêts techniques, il rattrape le train ordinaire. Chaque voyageur a droit à trente kilos de bagages. Les billets sont délivrés dans les bureaux du journal par un employé des chemins de fer. Deux billets gratuits sont alloués aux Cabrettaïres. Cinq ou six trains sont mis en marche pour l'été. Le 21 juin est une date historique ; c'est le départ du premier train spécial de 'l'Auvergnat de Paris". Louis Bonnet fait parti du voyage. Les Cabrettaïres Lagrifoul et Rocagel sont à l'oeuvre. C'est sur le quai de Vic-sur-Cère que les voyageurs ont baptisé les trains spéciaux : "les trains Bonnet". Jusqu'en 1939, ils conduisent, à prix réduit, chaque printemps et chaque été, des compatriotes au pays. Une ambiance toute particulière règne dans ces wagons, comme il se doit entre Auvergnats : Cabrette et casse-croûte, on danse la bourrée sur le quai, à chaque arrêt. |
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Bouscatel
tient le bal "Au Chalet", 13, rue de Lappe. |
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En octobre, mort de Joseph Costeroste, fabricant de musette et patron de bal. Alias rachette son outillage. |
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Charles Péguri installe un atelier de réparation d'accordéons au-dessus du bal Bouscatel, rue de Lappe et un atelier de fabrication 22, rue de Crimée. |
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Charles Péguri fabrique aussi des accordéons chromatiques dans un nouvel atelier des Buttes-Chaumont. << Antoine Bouscatel |
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| 1914 |
Charles Péguri remporte le premier prix d'accordéon au concours de Paris, devant son ami Lestrade. Tous deux ont mis au point un système d'accordéon diatonique très particulier, à touches indépendantes. Lestrade est originaire de Montsalvy. Il est également fabricant de Cabrettes. Il joue au bal Cassagne "La Boule rouge" rue de Lappe. C'est la guerre et la cabrette résonne jusque
dans les tranchées. (La
Cabrette sur le front) |
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| 1918 | Le
préfet de police de Paris autorise la réouverture des bals
publics qui faisaient vivre non seulement les musiciens mais aussi les cafetiers,
les limonadiers, les garçons de café et les filles de salle. |
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La plupart des bals de la rue de Lappe et de la
Bastille en général abandonnent le genre Auvergnat pour le
bal-musette "encanaillé". |
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"Les Musettes" : Joyeux titre d'un Chambre Syndicale qui groupe tous les patrons de bals musette du département de la seine. Le siège social est situé dans un dancing populaire dirigé par M. Raymond Detheil, 47, rue Frémicourt. Le président est Antoine Bouscatel. Elle a pour but principal la lutte contre les exagérations commises par l'Administration de la société des Droits d'auteurs. Elle réclame le droit de vivre, sans être injustement suspectée par les services de police. Le trésorier est Martin Caylacrée "Les Musettes",
petit journal qu'il fait adopter par les patrons de bal. Il commence a
regrouper les musiciens Auvergnats de la capitale en une véritable
agence chargée de couvrir les nombreux banquets quotidiens. << Martin Cayla En 1923 Martin Cayla crée la "Société Amicale des Cabrettaïres, des Viellistes et Accordéonistes du Massif Central". En 1946, elle recense quarante trois Cabrettaïres. Il regroupe les musiciens Auvergnats de la capitale en une véritable agence chargée de couvrir les nombreux banquets quotidiens |
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Gandhilon-Gens-d'Armes et Cantaloube créent
le groupe folklorique "La Bourrée". Louis Bonnet fils
en est le président d'honneur, Bouscatel
adhère. << Jean Bergheaud |
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Martin
Cayla enregistre ses premiers 78 tours à saphir. Il le fait
pour son propre compte, sur son propre label et vend ses disques au porte-à-porte.
Disque Le Soleil. |
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Les jeunes Cabrettaïres prennent l'habitude de
se réunir en privé chez Bouscatel
rue de la Huchette. Le père Bouscatel paie le pain et le Cantal,
les jeunes achètent une caisse de Bordeaux.... De vingt heures
à minuit, on parle, on joue de la Cabrette autour du Maître,
déjà installé dans sa légende. |
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Les disques à aiguilles remplacent les disques
à saphir. Martin
Cayla se convertit à cette nouvelle technique. |
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Bouscatel
fait bal rue de la Huchette les mardi et vendredi puis le vendredi seulement.
Il engage un ensemble moderne pour les autres soirs. |
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Un groupe
de cabrettaïres en 1932
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![]() On reconnaît, en haut à l'extrème droite : Lucien Landier. Au milieu, de gauche à droite : Joseph Lagaly, Henri Chalies, Martin, Poujouly, et Georges Cantournet. En bas, de gauche à droite: Crozatier, Pecoil, Guillaume, Martin Cayla, Marcel Bernard, Henri Barrie et Victor Allard. |
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Bouscatel
meurt le 11 février à l'âge de soixante dix-huit ans. |
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Puis, se furent les heures sombres ; les joueurs de Cabrette devinrent une espèce en voie de disparition. En effet, leur instrument incapable de s'adapter aux rythmes nouveaux, paraissait de plus en plus anachronique comparé à l'accordéon. Malgré
la cassure de la seconde guerre mondiale, à laquelle les Cabrettaïres
n'échappèrent évidement pas, le fil de la tradition
ne sera jamais totalement rompu. Son histoire commence ainsi… Sous l'impulsion de Jacques Berthier, des jeunes musiciens se réunissent pour jouer de la Cabrette et partager leurs connaissances : Jean-Louis Fournier, Roger Aldebert, Christian Boissonnade, Marcel Marginier et Jo Ayrignac. La première réunion a lieu chez Jacques Berthier. Deux mois plus tard, la réunion constitutive se déroule à la "Brasserie Henri IV" chez M. Maragonis. Entre temps, Claude Séguret, Marcel Laval, Georges Soule, Jean Levoltry, Maurice Pradeyrol, François Hugon et Gilbert Murat les ont rejoint. Marcel Laval est commissaire de police, Jean Levoltry est l'accordéoniste des Corrèziens de Paris. Gilbert Murat, élève de Roger Aldebert, est danseur au "Folklore". "Le Folklore" est une association qui regroupe des danseurs, leur président est M. Gatagap. La plus part sont des rémouleurs et des blanchisseurs orginaires du Lot. François Hugon est accordéoniste, il apprend la Cabrette avec Roger Aldebert à la "Solidarité Aveyronnaise". Maurice Pradeyrol joue de la Cabrette les jeudi soir, samedi et dimanche rue Aumaire au bal "Les Monédières" avec l'accordéoniste Cayrel. De temps à autre, Jacques Berthier le remplace avec l'accordéoniste Roger Capelle. Jo Ayrignac et Jean-Louis Fournier apprennent la Cabrette avec Henri Chaliès. Le 23 avril 1956, l'association "Cabrettes et Cabrettaïres" est créée. Jacques Berthier en est le président. Leur dessein commun est d'oeuvrer pour la sauvegarde et l'illustration de notre précieux patrimoine instrumental, former de jeunes musiciens et relancer la fabrication de la Cabrette. De 1942 à 1956, quand on voulait apprendre la Cabrette, on se posait deux questions : où trouver un instrument ? Où trouver un professeur ? Seulement voilà, il n'y a pas de professeur et il est difficile, sinon impossible, de se procurer une Cabrette ; la plupart des grands fabricants (Dufayet, Costeroste, Amadieu...) ont disparu et peu d'artisans en confectionnent, même en Auvergne. Le dernier facteur connu est Dufayet. Il arrête la fabrication en 1938 et décède en 1939. En 1946, la "Société Amicale des Cabrettaïres, des Viellistes et Accordéonistes du Massif Central" créée en 1923 par Martin Cayla recense quarante trois Cabrettaïres. A cette époque, la plus part ont disparus les autres comme Bergheaud, Chaliès, Aribat ou Ladonne sont réticents et rejoindront l'association un peu plus tard. En 1943, Joseph Lagaly est le seul Cabrettaïre qui accepte d'enseigner la Cabrette (Pierre Ladonne est prisonnier de guerre). Il apprend la Cabrette à quelques apprentis comme : Jacques Berthier, Georges Soule, Maurice Pradeyrol, et quelque fois Marcel Marginier. Pour assurer sa mission, l'association se structure : François Hugon est chargé de la fabrication des sacs et des soufflets, René Rouquet de la réalisation des pieds et des anches. Georges Soule assure l'enseignement. Marcel et Albert Marginier qui, depuis 1952, effectuent de nombreuses études et relevés, produisent leur premier pied en 1957. La qualité de fabrication, la justesse et la sonorité de leurs pieds, en font encore aujourd'hui, l'un des facteurs les plus fameux. Les réunions pour jouer ont lieu à "La Galoche d'Aurillac", un petit restaurant tenu par la famille Bonnet. "La Galoche d'Aurillac" devient le siège social de l'association et le siège de l'école de Cabrette. Pendant vingt ans, les Membres de l'Association se retrouvent tous les vendredis pour partager leur répertoire. "La Galoche d'Aurillac" est plus que jamais l'antre de la colonie et de la musique auvergnate à Paris... C'est Georges Soule, président de l'association de 1961 à 1979, qui assure l'enseignement. Bien qu'à ses débuts l'Ecole de Cabrette accueille peu d'apprentis, il formera plus de quatre-vingt élèves. Le premier banquet est organisé par Marcel Laval à la "Maison des journalistes" rue du Louvres Paris 2e. Trente convives sont réunis : 19 cabrettaïres, 2 vielleux et quelques épouses. Le président d'honneur est Louis Bonnet. Le second, chez M. Thoumieux, rue Saint Dominique dans le 7e arrondissement. Le président d'honneur est la maman de Louis Bonnet. Puis, les suivants ont lieu à "La Galoche d'Aurillac". << Georges Soule Georges
Soule (1927-1979) est né à Valuéjols (Cantal) Il a dix-sept ans quand,
en 1944, il monte à Paris pour la première fois. A cette époque, il loge
chez son ami Louis Rispal à qui il donne ses premières notions de Cabrette
chez le père Lagaly. Georges Soule fut surtout l'élève de Lagaly mais
aussi de Jean Bonal. Il a consacré sa vie à cet instrument et enseigné
la Cabrette à plus de quatre-vingts élèves, et créé le stage national
de Cabrette à Saint Flour (Cantal) en 1971. C'est ainsi que se perpétue
la grande tradition des Cabrettaïres aussi bien en Auvergne qu'à Paris.
Il ne fait aucun doute que sans eux et leur association, il n'existerait
plus ni Cabrette ni Cabrettaïres ! Aujourd'hui l'association "Cabrettes
et Cabrettaïres", sous la direction de Guy Letur, comprend deux cent cinquante
sociétaires et enseigne la Cabrette à une quarantaine d'élèves. Quant
au stage de Saint Flour, il accueille, chaque année, une cinquantaine
de Cabrettaïres venus de tout horizon. |
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Je remercie Jacques
Berthier, Roger Aldebert, Jean-Louis Fournier, Jean Marginier, Lucien
Lariche et Guy Letur pour leurs précieux témoignages, ainsi que André
Ricros, Eric Montbel, Thierry Boisvert et Michel Esbelin pour leur travail
de recherche et de collectage effectué dans les années 80.
Victor
Laroussinie
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