Hommage
à
Jean Marginier

C'est avec un profond sentiment d'émotion que je viens ici rendre hommage au grand facteur de Cabrette disparu Jean Marginier.

Le 11 mai dernier, la mort l'a soudainement arraché à notre affection, alors que nous avions encore tant besoin de ses précieux conseils. Et je reste confondus devant cette rapide disparition et le mystère insondable des desseins de la Providence.

Je suis toujours étonné de voir le rôle que la destinée joue dans nos vies. Qui peut dire ce que chaque jour lui réserve? Nous allons au travail, nous passons du temps en famille, nous pratiquons des sports et nous nous consacrons, comme Jean le faisait, à une activité bénévole qui nous passionne. Nul ne peut jamais prédire quand ni comment notre vie se terminera, mais je présume que tous, nous voudrons mourir vieux, après avoir réalisé tous nos projets. Mais pour certains, ce jour vient beaucoup plus tôt et dans certains cas, soudainement, sans avertissement. Et c'est finalement beaucoup plus difficile pour ceux qui restent. Quel sens donner à une vie si soudainement interrompue; aux adieux que nous ne pourrons jamais prononcer, à la perte tragique qui nous laisse bouche bée? Peut-être qu'il nous est impossible d'en saisir le sens…

Marginier : Ce nom évoque pour moi, l'un des plus anciens et des plus fameux facteurs de Cabrette du 20e siècle. Albert, Marcel et Jean Marginier font partie de la grande lignée des fabricants.
Depuis 1952, ils ont effectué de nombreuses études et recherches. Ils produisent leur premier pied en 1957. Il y a cinquante ans, un demi-siècle! A cette époque, tout était à redécouvrir car il n'y avait personne pour indiquer les techniques de fabrication. Le dernier fabricant Dufayet était mort peu avant la dernière guerre.
Membre fondateur et président de la société Cabrettes et Cabrettaïres entre 1979 et 1984, Marcel Marginier commença par exceller dans la fabrication des anches puis, rejoint par son frère Albert, ils se lancent dans la fabrication des pieds.

En 1970, Jean rejoint ses frères et contribue aux desseins de l'association en se chargeant de la fabrication des sacs et des soufflets puis des anches et enfin des pieds. Bien entendu, selon la tradition, tout est fait main. Jean avait le souci du détail, il aimait la perfection, le travail d'orfèvre. La qualité de fabrication, la justesse et la sonorité des pieds Marginer, en font, l'une des factures les plus fameuses, encore aujourd'hui une référence.

Des Cabrettaïres lisant certaines lignes qu'il a tracées sur l'Histoire de leur Cabrette se souviendront et sauront apprécier à sa juste valeur la somme des contributions versées pour œuvrer pour d'autres finalités que le prestige ou la gloire mais pour servir la Cabrette. En effet, Jean n'était pas de ces hommes pour lesquels le savoir est un pouvoir à tenir hors de portée des autres, une machine à aliénation et à domination. Il était de cette élite, noblesse d'esprit pour laquelle la culture, le savoir est avant tout un véritable passeport pour l'avenir; C'était toujours avec gentillesse, générosité et enthousiasme qu'il partageait son savoir, son expérience avec ceux qui étaient animés par la même passion. Il avait encore de grands projets de facture pour la Cabrette tout comme Frantz Schubert et sa célèbre symphonie Inachevée…

Le corps de Jean Marginier repose désormais au cimetière de Château Chervix, dans la Haute Vienne. Les obsèques se sont déroulées vendredi 13 mai 2005 après-midi dans un recueillement total à l'église de Château Chervix, devant une nombreuse assistance. La communauté des Cabrettaïres était présente. Les éloges funéraires prononcés par Gérard Di Bona pour la Veillée Limousine et Guy Letur pour Cabrettes et Cabrettaïres ont été particulièrement appréciés.

Une famille a perdu un époux, un père, un frère, un ami bien-aimé. Tous portent le plus lourd des fardeaux. Personne ne peut ressentir toute la tristesse qui est la leur.
Nous ne pouvons que leur offrir nos sincères condoléances profondément émues et attristées et essayer d'égayer leur coeur en commémorant les grands moments de la vie de Jean. Car aussi longtemps que nous nous rappelons de l'esprit et des réalisations de Jean, aussi longtemps que nous jouerons sur un pied de sa facture, celui-ci ne meurt pas vraiment, mais vit à jamais dans le coeur et l'esprit de ceux qui demeurent.

L'association Cabrettes et Cabrettaïres au nom de tous ses adhérents, tient à souligner combien elle a été affectée par la disparition d'un de ses illustres bâtisseurs.

Victor Laroussinie